Réalisation : Billy Wilder

Scénario : Billy Wilder, Charles Brackett, D.M. Marshman Jr.

Directeur de la Photographie : John F. Seitz

Montage : Arthur P. Schmidt

Musique : Franz Waxman

Direction Artistique : Hans Dreier, John Meehan

Assistants réalisateurs : C.C. Coleman Jr., Gerd Oswald

Décoration de plateau : Sam Comer, Ray Moyer

Production : Charles Brackett

Pays : USA

Durée : 1h50

Sortie aux USA le 10 août 1950. En France le 13 décembre 1950.

Acteurs Principaux : William Holden, Gloria Swanson, Erich von Stroheim, Nancy Olson, Fred Clark, Lloyd Gough, Jack Webb, Cecil B. DeMille

Genre : Drame, Film sur le cinéma

Note : 10/10

C’est l’histoire de Joe Gillis, scénariste fauché de la fin des années 40 qui se fait mettre le grappin dessus par une ex-star du muet vivant dans le souvenir de son succès. Le lieu du crime est un vieux manoir près d’Hollywood. Son récit sort de la bouche du héros mort, cinquante ans avant American Beauty.

Sa narration est fluide, son écriture incisive. Son casting ferait pâlir de honte toutes les productions métas actuelles tant il est parfait et adapté à son propos. Sunset Boulevard montre l’envers du décor de Hollywood. Le regard détaché du narrateur/cadavre pose un état des lieux sur une usine à déchets où le succès est l’annonce de la déchéance qui approche, et où nombre de malheureux aspirants comédiens et scénaristes tentent de grappiller la moindre miette du gâteau. Sunset Boulevard baigne dans l’humour noir, mais jamais dans le sordide. Malgré son regard lucide, Billy Wilder conserve sa finesse et son élégance dans le style, sa chasse gardée. Malgré la puissante charge qu’il porte sur les studios, Wilder aura fait ce qu’il faut pour que le studio qui a produit le film, la Paramount, accepte d’être cité et qu’il soit tourné en ses murs. Wilder connaît bien les lieux. Il les a arpentés et habités pendant des années, œuvrant comme scénariste – notamment pour Ernst Lubitsch, à une époque où revêtir la double casquette de scénariste et de réalisateur était une utopie.

Billy Wilder, bien entouré sur le tournage de Sunset Boulevard

La conjonction du regard de Wilder, de son succès et de sa connaissance du milieu donneront un drame classique en trois actes, le film le plus maîtrisé du plus grand réalisateur de son époque. Un film qui jongle du pathétique à l’émouvant, flirte avec le réel et le fantastique tout en n’omettant pas d’être une comédie intelligente et intemporelle.

C’est un étrange coup du hasard qui conduit Joe Gillis à la demeure de Norma Desmond, à Sunset Boulevard (titre original du film). A peine la découvre t’on, Wilder la présente déjà comme une extension de sa propriétaire : datée, démesurée, recluse parmi d’autres demeures splendides. L’ironie est déjà là. En cherchant à fuir les studios, le scénariste des 50’s est pris au piège de l’ultime vestige du cinéma muet, un manoir horrifique, étrange et extravagant, rempli de portraits de la star, une relique du passé à l’image de ses deux occupants, la vedette déchue et l’inquiétant Max, le joueur d’orgue. Une parfaite maison hantée, immense et inquiétante. Et chaque maison hantée a ses fantômes.

Norma Desmond, campée par l’impressionnante Gloria Swanson, a cette grandiloquence du muet, ses apparitions sont théâtrales, au maquillage et à l’éclairage expressionnistes. Sa vie est un film et c’est sur un ton de tragédienne qu’elle joue toutes ses tirades. Face à elle, un William Holden tout en nuance dans le rôle du scénariste. « Ceux qui écrivent des mots ! » dira t’elle. Tout de suite, deux visions du cinéma s’opposent : l’expression contre le langage. Ce décalage nourrit une grande partie du film et le fait basculer dans sa première partie vers une ironie noire qui ne manque pas de mordant.

Wilder joue avec subtilité la carte de cette ironie noire, comme de l’absurde de la situation, et les piques du scénariste en voix-off, dernières traces de résistance, font sourire : « Nous faisons un joli tableau : le paquet de nerfs, Max, le cadavre du singe au premier, et le vent qui faisait gémir l’orgue de temps en temps« . Cette phrase fera place dans le plus grand sérieux à l’enterrement du singe de compagnie, « sans doute l’arrière-petit-fils de King Kong« . Holden parlera plus tard de musée de cire pour décrire les amis de Norma, d’autres stars du muet (dont l’un est Buster Keaton en personne), qui se réunissent pour jouer au bridge dans une ambiance laconique et mortifère.

Le narrateur/héros rejeté du nouvel Hollywood (pas celui qu’on connaît, celui d’avant), sans devenir une de ces figures, finira par faire partie des meubles du muet en emménageant dans la pièce aux maris (!).

Erich Von Stroheim, réalisateur déchu, se retrouve dans un rôle qui le décrit dans ces grandes lignes, si ce n’est que Max – son personnage – est devenu le larbin de sa star, en laquelle il projette aussi l’ancien temps. Wilder va jusqu’à pousser encore la mise en abîme en faisant visionner à son personnage un film que l’actrice Gloria Swanson, interprète de Norma, avait tourné à l’époque du muet et dont le réalisateur était effectivement Von Stroheim. Max Von Mayerling se dévoile très vite comme le réalisateur de cette fausse vie dans laquelle est plongée Norma Desmond du soir au matin, le garant d’une parfaite mise en scène pour entretenir l’illusion que son âge d’or est toujours là. Amoureux est terrassé par le traitement réservé à sa star, il craint le jour où elle se rendrait compte que le film est bel est bien terminé.

Dès qu’il entre dans la villa Desmond, Gillis se retrouve dans un étrange cérémonial pour enterrer l’animal de compagnie, et sans le savoir il prendra sa place. L’Ego de la Star est tel qu’il finit par tout dévorer. La soumission de Joe passe d’abord par l’humiliation. Elle le dépossède de sa voiture, seul bien qui le liait encore vers l’extérieur,  de ses « mauvaises » habitudes et elle finit par l’habiller comme Richard Gere habillera plus tard Julia Roberts dans Pretty Woman. Par la suite, elle lui donnera un billet, puis elle le bichonnera. L’archétype du smart guy devient le pathétique gigolo de madame, se contentant d’illustrer son dégoût par de vagues protestations avant de plier sous le coup de la vie promise et du chantage affectif. Il le sait et il a honte.
Mais à côté se profile une porte de sortie inespérée : Une romance.

Betty Schaeffer est jeune, innocente et elle nourrit de grands espoirs envers le Hollywood qui l’a vue grandir. Actrice ratée, elle devient lectrice à la Paramount, et elle pourrait bien décrocher sa chance comme scénariste. On retrouve dans sa complicité avec Joe des lieux chers à Wilder, comme ces pièces réservés aux scénaristes qu’il a dû longuement fréquenter lors de ses séances d’écriture avec Charles Brackett (Boulevard du Crépuscule est le dernier d’une longue série de films qu’ils ont coécrit). On retrouve aussi le doux ton des comédies romantiques, un tout autre lieu que l’humour noir et le pathétique de la villa. Une rencontre qui commence par un malentendu. Une complémentarité spirituelle développée lors d’une fête, puis lors d’une visite sur le plateaux vides, tout s’enflamme comme un vent d’espoir comme seule la capitale du cinéma peut en souffler, happy end et on s’embrasse.

Mais on sait hélas qu’elle ne sauvera pas le héros. On a vu la fin dès le début ! (héhé) Les sentiments purs de la jeune femme renvoient Joe à sa dépendance malsaine à l’argent. Joe évoque le contrat qu’il a passé avec Norma pour transmettre à Betty le dégoût qu’il a de lui-même. Le luxe, l’opulence contre l’aventure. Ce qui pourrait être traduit par le confort d’un contrat avec les studios contre l’intégrité artistique. Ces contrats étaient légions à l’époque, autant pour les acteurs bankables que pour les armadas de scénaristes, et le studio n’est rien d’autre que ce qu’est Norma : la partie qui a le fric. Mais Joe n’est pas Max. Il a encore sa fierté et il ne compte pas la perdre. Bien mal lui en coûte de claquer la porte pendant la représentation de sa logeuse.


A la vue de Sunset Boulevard, il est évident que David Lynch s’en est inspiré pour son Mulholland Drive. Le pneu percé qui conduit Gillis, le héros vers la demeure de la star déchue fait étrangement écho à l’accident de Laura Harring qui la mènera à rencontrer Naomi Watts. Le début du rêve pour l’une sera le début du cauchemar pour l’autre. Norma Desmond enferme Joe Gillis dans sa maison comme Diane enferme Camilla dans son rêve pour devenir la gentille Betty (!), qui a encore ses rêves et son intégrité. Dans les deux cas, le prisonnier force la sortie du rêve/de la maison et le geôlier la punira par la manière forte (des balles dans le corps). Lynch avouera lui-même que Sunset Boulevard fait partie de ces films préférés avec Vertigo (aussi bien visible dans son œuvre). Pour achever de se convaincre de ce dernier fait, il y a ce Gordon Cole qui travaille pour Cecil B. De Mille, un nom que l’on a pas besoin d’hurler pour renvoyer les aficionados de Twin Peaks à de sympathiques souvenirs à base de croissants chauds et d’appareils auditifs (il s’agit du chef du FBI incarné par Lynch lui-même jusque dans la saison 3 de Twin Peaks). De Sunset Boulevard à Mulholland Drive, il y a pourtant cinquante ans, mais le monde et l’industrie du cinéma n’ont fait que claquer le vernis pour exposer cyniquement et commercialiser à qui le voudra le constat amer, très européen, qu’avait déjà l’exilé Billy Wilder sur son époque.

On sent clairement que Wilder partage déjà la même l’empathie que Lynch pour ces fantômes. Il met dans la bouche de Joe un sens du phrasé et de la formule uniques, qui sont les siens. Ensuite il transmet à travers tous ces personnages son amour inconditionné du cinéma. Celui de Gloria Swanson n’y échappe pas. On assiste à une danse d’une sincérité troublante entre le scénariste et la star. On retrouve plus tard le temps de sa gloire lors d’une visite en studio qui insiste sur l’hommage plus que sur la lâcheté de Cecil B. DeMille dans son propre rôle. La scène finale de l’arrestation, suite logique de la première (la découverte du cadavre), renvoie une image « charognarde » de l’industrie du spectacle et une impression pathétique et attachante envers cette femme qui rentrera finalement dans la postérité en tant qu’assassin. Le narrateur enfonce le clou en avouant ressentir ces mêmes sentiments envers son bourreau.
Dans un film ou réalité et fiction se télescopent dangereusement, Billy Wilder nous conte les affres de la célébrité et d’un système jetable qui ne prend pas en compte l’humanité, qui est ainsi apte à engendrer l’autodestruction. Un miroir aux alouettes qui prophétise la course à la reconnaissance que l’on vit à travers les émissions exposant tels des monstres de foire d’anciennes célébrités qui supplient qu’on les fasse revenir. Comme on dit : « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ». Mais parfois l’ivresse mène à la folie.

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Anglais et EAL

Analyse des techniques cinématographiques dans Sunset Boulevard de Billy WildeSunset Boulevard est généralement étudié dans le programme scolaire australien, dans le domaine d'étude 1 : Réponses aux textes. Pour un guide détaillé sur la réponse aux textes, consultez notre Guide ultime de la réponse aux textes du VCE .

Introduction

Sunset Boulevard est peut-être le film sur le cinéma le plus célèbre . Film noir à l'humour noir et pourtant dérangeant, il suit le scénariste Joe Gillis, déchu, entraîné dans l'univers trouble de Norma Desmond, ancienne star du cinéma muet encore plus déchue, et l'aide malhonnêtement à écrire son scénario. Des commentaires critiques sur l'industrie cinématographique sont évidemment inclus ici, mais le film de Billy Wilder de 1950 explore plus en profondeur la frontière floue entre fantasme et réalité, ainsi que le pouvoir, l'authenticité et l'illusion. Ces thèmes sont souvent présents dans la construction du film , à travers les techniques cinématographiques mises en œuvre par Wilder dans chaque scène. Ce blog explorera les exemples les plus marquants de ces techniques cinématographiques. N'oubliez pas que les examinateurs du VCE recherchent des étudiants capables de lire attentivement le texte qu'ils analysent, en donnant des exemples précis de la manière dont son auteur l'a construit pour étayer leurs arguments. Il suffit de regarder la différence entre une dissertation qui dit :

« Dans le dernier plan du film, Wilder montre Norma succomber complètement à son fantasme. » 

Comparé à celui qui soutient :

« Grâce à l'utilisation d'un filtre de plus en plus brillant et déformé dans le plan final inquiétant, Wilder dépeint Norma complètement dépassée par son fantasme romancé du « vieux Hollywood ».

Alors lisez ci-dessous pour apprendre à utiliser les techniques cinématographiques les plus efficaces et les plus cruciales dans Sunset Boulevard .

Techniques de prise de vue : types et angles de prise de vue

Les techniques de prise de vue constituent sans doute le principal moyen par lequel un réalisateur dirige intentionnellement le regard du public, encadrant directement son regard sur un film. Les deux principaux moyens par lesquels la caméra intervient à cet effet sont la distance entre le sujet (le sujet de la scène) et la caméra, ou le type de plan et l'angle de prise de vue. Quatre exemples clés de ces techniques, tirés de Sunset Boulevard, sont explorés ci-dessous. 

Exemples clés de types de prises de vue

Notre premier aperçu de Norma Desmond se trouve dans le plan large ci-dessus, juste au moment où Joe Gillis entre dans sa demeure en désordre au début du film. En règle générale, le plan d'introduction d'un personnage mérite toujours une analyse approfondie, car le réalisateur établit généralement ses caractéristiques et sa place dans l'univers du film. 

Ci-dessus, ce premier regard distant sur Norma établit sa distance, tant physique que mentale, avec le monde qui l'entoure. S'éloignant d'une industrie qui l'a depuis longtemps abandonnée, elle est profondément déconnectée de la réalité du monde extérieur. Point crucial, puisque ce même plan est du point de vue de Joe, Wilder préfigure également la « distance » plus spécifique qui naîtra entre eux. Ici, le public perçoit l'espace que Joe laissera également entre lui et Norma, s'amusant avec hypocrisie de ses scénarios médiocres et de ses avances romantiques, la gardant ainsi toujours « à distance ».

Un autre plan révélant des informations cruciales sur les relations entre les personnages apparaît lorsque Joe « perd » officiellement Betty vers la fin du film, refusant de renoncer à son « contrat à long terme » avec Norma. Ici, Wilder cadre consciemment le sujet de la scène (Betty) à distance, en plan moyen. Soutenue par son refus de regarder Joe dans les yeux et sa déclaration littérale qu'elle « ne peut pas le regarder », la distance physique entre la caméra et le sujet se traduit à nouveau par une distance émotionnelle entre les deux personnages. L'impact de leur désaccord est encore renforcé par l'alchimie évidente dont ils faisaient preuve tout au long du film. 

Exemples clés d'angles de caméra

Tout comme le plan d'introduction d'un personnage mérite d'être approfondi, le plan d'ouverture d'un film est tout aussi important à décortiquer. Le plan d'ouverture, apparemment simple, de Sunset Boulevard reprend simplement le titre du film, en montrant une rue hollywoodienne bien réelle. Cependant, notez qu'on ne voit pas un panneau « Sunset Boulevard » (choix plus évident), mais un trottoir sale et taché. De plus, Wilder filme ce trottoir en plongée . Ainsi, le plan d'ouverture du film établit peut-être l'objectif le plus central du film de Wilder : offrir un regard critique sur la superficialité et les imperfections d'Hollywood. Ainsi, dès le début du film, nous regardons l'industrie cinématographique de haut, représentée par ce symbole visuel sale et peu flatteur d'Hollywood. Ceci, par conséquent, prépare le terrain pour la satire et le commentaire critique qui suivront. 

L'utilisation judicieuse des angles de caméra par Wilder se révèle encore plus à la fin du film, après que Betty ait abandonné Joe devant le portail du manoir de Norma. Tout cela est dû à l'effort de pouvoir désespéré de Norma, qui a appelé Betty et révélé les détails de sa relation avec Joe. Wilder filme donc Norma en contre-plongée, tandis que Joe lève les yeux vers son regard hautain. Le pouvoir exercé par Norma sur Joe peut paraître minime sur le moment, mais quand on considère la suite, ce plan prend toute son importance. Sur le point de sombrer dans la folie et de tuer Joe, Wilder utilise ce plan pour démontrer que Joe devrait lever les yeux vers Norma avec peur, et que son regard méprisant et pitoyable à son égard entraînera bientôt sa mort.  

Mise en scène

La mise en scène est peut-être la technique cinématographique la plus simple en apparence. Elle consiste à analyser ce qui apparaît dans un cadre et où le réalisateur l'a placé. Cela inclut des éléments tels que les costumes des acteurs, les accessoires et la conception du décor. Souvent, la mise en scène sert à renforcer ce que nous apprennent déjà les dialogues et le jeu des acteurs sur un personnage .  

Exemple clé de mise en scène 1

On peut observer un exemple clé de caractérisation à travers la mise en scène au début du film, où la présentation de Joe Gillis au public communique visuellement son attitude insouciante et détachée, ainsi que sa tendance à se contenter de la commodité malgré son inauthenticité. Le fait qu'il soit vêtu d'un peignoir sous un soleil de plomb (et que ses agents de recouvrement soient visiblement debout et à l'œuvre) témoigne de son manque de soin et de son approche désintéressée de la vie. La scénographie de cette scène caractérise davantage Joe, le scénario décrivant directement les « reproductions de tableaux sans caractère » qui ornent ses murs. Ici, le décor offre sans doute une métaphore visuelle du scénario de « Bases Loaded », motivé par le profit, qu'il écrit à ce moment précis, et que Betty décrira plus tard comme étant « venu de la faim ». 

Exemple clé de mise en scène 2

De même, notre introduction à la maison de Norma Desmond permet de cerner les éléments clés de son personnage. La maison est, comme le décrit Joe, « remplie de Norma Desmond », sous la forme d'innombrables photos encadrées d'elle datant de l'époque du cinéma muet. Ces autoportraits, constamment tournés vers Norma, symbolisent le monde imaginaire et illusoire dans lequel elle s'est plongée. Ils montrent tous deux comment ce monde repose sur sa jeunesse et sa célébrité, et comment cette illusion est entretenue par Norma qui ne communique qu'intérieurement, refusant d'affronter la réalité du monde extérieur.

Symboles

Comme « symboliser » est un verbe très souvent mal utilisé, il est nécessaire ici de fournir une définition très simplifiée :

Un symbole est quelque chose qui contient des niveaux de signification qui ne sont pas présents au premier coup d’œil ou lors d’une traduction littérale. 

Au cinéma, les symboles les plus évidents sont souvent des objets physiques qui réapparaissent dans l'histoire, servant à symboliser des concepts qui développent les thèmes clés du texte. 

Le chimpanzé mort et l'orgue

L'un des passages les plus inexplicables du film de Wilder contient en réalité l'un de ses symboles les plus importants : le singe de compagnie de Norma, jouant un rôle prémonitoire crucial venu d'outre-tombe. Le chimpanzé, animal de compagnie possédé et dressé par Norma pour l'amuser, laisse un rôle vacant que Joe occupera progressivement après avoir interrompu sans le savoir ses funérailles. À partir de ce moment du film, Joe est manipulé, ou « dressé », par Norma pour la divertir et lui tenir compagnie. Naturellement, Joe finit également par mourir dans les limites du domaine de Norma, ce symbole préfigurant ainsi la trajectoire complète de son personnage. Tout cela est directement évoqué par la description par Joe du « rêve confus » qu'il fait la nuit des funérailles, imaginant « un organiste » et le « chimpanzé… dansant pour quelques sous » qu'il deviendra bientôt. 

Cela nous amène naturellement à l'orgue lui-même, qui rappelle physiquement les aspects peu flatteurs du nouveau rôle que Joe doit jouer. Inclus après que Joe se soit réveillé de son « rêve confus », le plan ci-dessus présente les mains de Max jouant de l'orgue comme massives et écrasantes, tandis que Joe, beaucoup plus petit, s'empresse d'exiger pourquoi ses « vêtements et affaires » ont été transférés chez Norma sans son accord. Point crucial, Norma révèle alors qu'elle a ordonné cette action et que les dettes de l'appartement de Joe sont « réglées », esquissant d'un geste de la main sa tentative de reprendre un peu de contrôle et de dignité en proposant que ces dettes soient « déduites… de [son] salaire ». Cette scène révèle le rôle symbolique de l'orgue sur Sunset Boulevard, rappelant à Joe le rôle honteux et impuissant de « singe de compagnie » qu'il joue désormais, ainsi que la raison pour laquelle il va « danser ». 

Allusions

Enfin, nous arrivons aux allusions, l'une des techniques les plus célèbres de Sunset Boulevard . Les allusions désignent chaque fois qu'un élément extérieur au texte est mentionné, y compris d'autres textes et des personnages, lieux, événements réels, etc. Les allusions bibliques et mythologiques sont courantes dans la fiction, mais les références à un monde plus proche de notre monde peuvent souvent apporter un certain réalisme à certains textes, renforçant ainsi leur analyse sociale. 

Allusions cinématographiques

Étant un film sur le cinéma, Boulevard du crépuscule contient naturellement de nombreuses allusions à d'autres films. Cependant, Wilder n'hésite pas à ajouter un niveau de réalisme supplémentaire à ses références à l'industrie cinématographique. Au cœur de cette démarche se trouve l'utilisation du véritable studio Paramount Pictures (et toujours fonctionnel), auquel Joe tente de vendre son scénario de baseball cliché. Il s'agit notamment du studio qui a effectivement produit Boulevard du crépuscule , ce qui ajoute une touche d'autodérision à la satire de l'industrie cinématographique que ces scènes véhiculent. La scène où M. Sheldrake, le directeur de Paramount fumant un cigare, suggère cyniquement que changer le concept du film de Joe pour une « équipe de softball féminine » pourrait « faire gagner quelques points », est d'autant plus percutante grâce à l'utilisation du véritable studio, démontrant ainsi l'effet de cette allusion sur la satire du film. 

Des allusions à des films spécifiques sont également utilisées à des fins humoristiques et pour développer les personnages. Prenons par exemple la remarque acerbe de Joe selon laquelle l'extravagance des funérailles de l'animal de compagnie de Norma signifie qu'il « doit être un chimpanzé très important », peut-être « l'arrière-petit-fils de King Kong ». Ici, le personnage sardonique et spirituel de Joe est révélé au public. De plus, ce type de références inscrit le film dans l'univers du véritable Hollywood , renforçant encore la satire qu'il propose de cette industrie. 

Allusions littéraires

De même, les allusions à l'univers littéraire étoffent à la fois les personnages et l'univers de Boulevard du crépuscule . L'exemple le plus frappant est celui du roman classique de Charles Dickens, Les Grandes Espérances . Joe y songe que l'aspect malheureux de la maison de Norma lui rappelle « Miss Havisham » de ce texte. Ce personnage, abandonné par son fiancé, refuse de se changer et vit recluse dans une « robe de mariée pourrie ». Havisham est un parallèle direct avec Norma, figure tragique, figée dans le passé, et la surabondance d'autoportraits de jeunesse de Norma rappelle l'insistance de Havishman à maintenir les horloges de sa maison à l'heure exacte à laquelle elle a reçu sa lettre de refus. Par conséquent, cette comparaison avec le personnage de Dickens, qui adopte une version plus exagérée du comportement de Norma, vise à souligner à quel point Norma est détachée de la réalité par ses tentatives de vivre dans le passé, laissant entendre que ce qu'elle fait est tout aussi illusoire que de refuser d'ôter une robe de mariée pourrie. De plus, le sort de Miss Havisham dans Les Grandes Espérances, dont la robe de mariée prend feu et la laisse invalide, préfigure la descente similaire de Norma vers l'invalidité par sa folie.

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https://journals.openedition.org/theoreme/567

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Les stars et leurs parfums : Années 20, Gloria Swanson et "Narcisse Noir"

 

 

C’est sur une idée de Jérôme, un ami et lecteur de mon blog que j’ai décidé d’inaugurer une nouvelle série d’article. Durant chaque décennie, des stars de cinéma, de théâtre et plus tard de télévision a marqué son époque. Après Sarah Bernhardt dans les années 10 pour qui Jacques Guerlain avait créé un parfum, j’ai décidé d’en choisir une par dizaine et de faire des recherches afin d’associer chaque vedette à son parfum de prédilection. Pour certaines, comme pour Gloria Swanson qui personnifiera les années 20, ce ne sera pas difficile alors que pour d’autre, ça me demandera plus de recherches et d’efforts. Mais n’anticipons pas, commençons… par le commencement.

 

Notes biographiques :

 

Gloria Swanson est née le 27 mars 1899 à Chicago et elle a été, sans aucun doute, avec Mary Pickford, Greta Garbo et Pola Negri, l’une des plus grandes stars du cinéma muet des années 20 en enchainant le tournage, de très nombreux films entre 1915 et 1929. Sa carrière connu un énorme creux après l’insuccès de « Queen Kelly » réalisé par Erich von Stroheim. Si elle tourna un peu dans les années trente et quarante, il lui faudra attendre de se laisser convaincre d’incarner Norma Desmond dans le film de Billy Wilder, « Sunset Boulevard » en 1950 pour renouer avec le succès. Elle y incarnait avec beaucoup de recul, une ancienne star du muet oubliée et sombrant peu à peu dans la folie. Pour la petite histoire, elle y avait pour partenaire un certain Erich von Stroheim. Le succès du film ne relança curieusement pas sa carrière et elle dut se contenter d’apparition dans quelques films et téléfilms jusqu’à ce qu’on lui propose d’incarner son propre rôle dans « 747 en Péril », un film catastrophe, en 1974. Après avoir été la star incontestée de la Paramount, et avoir été nommée trois fois aux Oscars, Gloria Swanson a mené une vie mondaine en côtoyant la jet set du monde entier. Elle s’est mariée six fois dont, en troisième noces avec le marquis Henry de la Falaise et a eu deux filles et a adopté, un fils. Elle est morte à New York le 4 avril 1983. Elle avait 84 ans.

 

 

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Gloria Swanson dans "Sunset Boulevard" de Billy Wilder en 1950

 

 

 

Gloria Swanson et le parfum :

 

L’actrice était une grande amoureuse du luxe et de la parfumerie française, si elle a été habillée par les plus grands couturiers des deux côtés de l’Atlantique, elle est restée, toute sa vie, fidèle à un parfum que je connais bien. Il s’agit de « Narcisse Noir » de Caron créé par Ernest Daltroff en 1911. Elle l’a adopté pratiquement à sa sortie et a contribué à sa popularité. De nombreuses légendes entourent la passion de Gloria Swanson pour son parfum de prédilection. On dit qu’elle en faisait vaporiser dans les couloirs de la Paramount avant son arrivée, comme pour l’annoncer, durant toutes les années 20. La marque a d’ailleurs utilisé son nom sur son site pour le story telling de ce parfum : « Ce parfum audacieux créé en 1911 par Ernest Daltroff et rendu mythique par Gloria Swanson dans le film Sunset Boulevard, pousse à l’extrême la personnalité intrinsèquement duelle de la fleur d’oranger. Sa douceur immaculée cohabite avec des notes ténébreuses, à la séduction fatale, qu’accentuent la richesse d’un Santal voluptueux. Grand classique de Caron, cette fleur ambivalente sème un trouble intemporel » en commettant une petite erreur. En effet, « Narcisse Noir » était le parfum personnel de l’actrice et non de son personnage dans « Sunset Boulevard ». En effet, dans le film, son partenaire William Holden dit, en voix off, « Je pouvais sentir son parfum de tubéreuse » ou quelque chose comme ça. Il n’y a pas de tubéreuse dans « Narcisse Noir ». Il semblerait, cependant, que l’on aperçoive un flacon dans une des scènes mais j’ai vu le film plusieurs fois et je n’ai pas réussi à trouver cette image. Reste que, pour les perfumistas et les cinéphiles, Gloria Swanson reste intimement liée à « Narcisse Noir » de Caron qui, même s’il a été décliné en eau de toilette puis en eau de parfum, s’il a été sans doute reformulé au fil des décennies, existe toujours. Jaime beaucoup ce parfum que je porte de temps à autre. C’est un grand parfum et j’espère qu’il survivra encore longtemps.

 

Narcisse Noir Caron parfum - un parfum pour homme et femme

 

 

"Narcisse Noir" de Caron

 

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